Saumon : la situation au 26/03

Allègement du confinement pour la pratique de la pêche.

Doit-on craindre le Barbeau de Graells ?

Le premier signalement sur le territoire français des Pyrénées-Atlantiques du Barbeau de Graells (Luciobarbus graellsii) a été officialisé dans une publication du MNHN [1]en décembre 2020 (voir détails dans la publication, https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2020/15

barbeau de graells

 

Depuis, nous avons eu écho de certaines inquiétudes via différents acteurs du Pays Basque, selon lesquelles cette espèce menacerait les écosystèmes aquatiques, qu’elle aurait un caractère invasif et, pour s’en préserver, qu’il serait urgent de conserver un certain nombre de seuils, barrages ou autres obstacles à la continuité écologique (libre circulation des espèces et des sédiments) sur nos rivières pour contrôler son expansion.

Tout d’abord, c’est un seul individu qui a été capturé lors d’un inventaire piscicole réalisé par la Fédération de pêche en août 2019 sur un affluent de l’Egurguy, l’Archilondoko erreka, tributaire du rio Irati qui rejoint l’Ebre en Espagne, lequel se jette en Méditérannée. (cf. carte ci-dessous)

 

Le Barbeau de Graells est une espèce espagnole autochtone, naturellement présente sur le bassin de l’Ebre dans des zones de cours d’eau équivalentes à notre zone à Barbeaux. Enfin, cet individu représentait moins de 0.08% des effectifs et 0.8% de la biomasse du peuplement piscicole de la station. Nous sommes donc loin de l’envahissement !

Comme discuté dans la publication citée plus haut, l’origine de ce spécimen n’est pas connue à ce jour mais est probablement due au contexte hydrogéographique local. En effet, en entrant en Espagne, l’Egurguy est immédiatement capté par la retenue artificielle du l’embalse de Irabia, milieu très favorable à l’établissement d’espèces normalement présentes plus en aval, dans des eaux plus calmes et plus chaudes. C’est ainsi que certaines espèces inféodées aux eaux calmes (toxostomes ibériques, barbeaux de Graells…) y ont probablement été introduites volontairement de manière organisée ou non pour la pêche ou l’aquaculture peu après la mise en eau du barrage dans les années 1940 (pratiques largement répandues dans tous les pays du monde depuis des siècles)

Ce poisson ne constitue donc en rien une espèce exotique (il a été trouvé sur son bassin d’origine uniquement) ni à caractère envahissant ou dangereux pour l’icthyofaune locale (à notre connaissance, il n’est pas porteur de maladies particulières non plus) contrairement à l’écrevisse de Californie qui quant à elle pullule dans ce cours d’eau depuis de nombreuses années.

Quant-à le voir conquérir les Nives ou l’Adour comme entendu par ailleurs, c’est physiquement impossible mais humainement possible, malheureusement. Sa présence est donc pour l’instant considérée comme accidentelle ou occasionnelle sur notre territoire par le MNHN, mais la FDAAPPMA64 va continuer à surveiller cela de près (une nouvelle pêche d’inventaire est programmée cet été).

En conclusion et d’une manière générale, lutter contre la continuité écologique sous le prétexte d’empêcher la circulation d’espèces considérées comme indésirables (sous quels critères ?) a tout d’une fausse bonne idée : en effet, cela ne résoudra pas le problème de celles qui ont impérativement besoin de se déplacer pour se reproduire (truites saumons…) ou simplement survivre en se réfugiant dans les zones plus fraiches d’altitude dans un contexte de changement climatique. Pour faire le parallèle avec notre barbeau présent sur le versant Atlantique de notre département (Barbus barbus), l’empêcher de progresser vers l’amont ne sauvera pas la truite si celle-ci reste bloquée par des obstacles à l’aval des zones refuges plus favorables à sa survie.

[1] Muséum National d’Histoire Naturelle

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